“J’ESTIME AVOIR LE DROIT À L’OUBLI”

Interview exclusive. Valérie Garbani, ancienne conseillère nationale et ex-présidente de la ville de Neuchâtel, revient pour la première fois sur le feuilleton médiatique qui relatait ses frasques de 2006 à 2009. Elle se confie aux étudiants de l’AJM.

Valérie Garbani

Apaisée, l’ex-présidente de la ville de Neuchâtel revient sur son affaire

Propos recuillis par Quentin Bohlen et Karin Baumgartner

Problèmes d’alcool, insultes, violence: Valérie Garbani est passée par tous ces états. Les médias ne l’ont loupée pour aucun de ses faux pas. A tel point que ses exploits ont fait l’objet d’un feuilleton pendant plusieurs semaines: son nom est devenu asso­cié au sombre mot «affaire».

Les manchettes de journaux ont souvent titré leur Une avec l’affaire Garbani. (source: http://planetephotos.blog.24heures.ch)

L’af­faire Garbani, elle en a marre! Juriste à la ville de Genève, elle n’est plus une personnalité publique. Valérie Garbani, 46 ans, a accordé une interview exclusive aux étudiants de l’AJM.

Valérie Garbani, êtes-vous une victime des médias?

Oui et non. Je suis une politicienne et lorsque l’on exerce une fonction publique, il est normal que l’on parle de votre vie privée. En revanche, j’ai quand même l’impression d’être une des premières à avoir été victime d’un véritable feuilleton médiatique. «Le Matin» s’est particulièrement acharné en m’utilisant sur sa Une pendant plusieurs semaines. Je m’estime victime aujourd’hui, car mon nom revient systématiquement lors de chaque affaire: cela a été le cas pour Muller et Hainard.

A force de révélations, l’affaire Hainard évoque de plus en plus la saga Garbani (LE TEMPS, 29 mai 2010)

J’estime avoir le droit à l’oubli, cela fait maintenant presque trois ans que je ne suis plus une personnalité publique.

Votre aspect marginal et atypique a-t-il selon vous influencé le traitement média­tique de votre affaire?

Au début de ma carrière politique, je pense que les médias ont été séduits par mon côté atypique. En effet, les femmes en politique ont l’habitude   d’être mariées et d’avoir des enfants, ce qui n’est pas mon cas. Moi, je n’ai pas une vie rangée. Cependant, après mon élection je pense que mon côté marginal et mon style de vie m’ont péjorée. Ces aspects non  conventionnels de ma personnalité ont certainement influencé le fait que   mes dérapages se transforment en «feuilleton».

Comment définiriez-vous votre caractère?

Je suis à 80% honnête et à 20% naïve. Selon moi, c’est cette honnêteté qui a mis à mal ma relation avec les médias. Ma liberté d’expression et mon choix de vie atypique sont des choses que je ne changerai jamais.

Pensez-vous que les journaux régionaux et suprarégionaux ont traité différemment votre affaire?

Oui. Je pense que «L’Express» a longtemps résisté avant de créer un feuilleton autour de moi. C’est sous la pression de ses confrères journa­listes, notamment ceux du «Matin», qu’il a commencé. Je suis particulièrement fâchée contre un article qu’a écrit «L’Hebdo». Tout est faux dans cet article et il porte atteinte à ma vie privée.

En général, lisiez-vous les articles vous concernant?

Non, jamais. Je voyais les gros titres mais je n’avais pas envie de lire le contenu.

Comment faisiez-vous pour ne pas les lire?

C’était une question de survie. Mais ma sœur et ma mère ont gardé tous les articles me concernant. J’ai accès à mes archives si je veux!

Valrie_Garbani_se_confie

Valérie Garbani s’est confiée sans tabou

N’auriez-vous pas dû intervenir dès l’apparition de la première histoire vous concernant dans la presse?

Je ne pense pas que cela aurait changé quelque chose. Tout ce que les médias ont dit était juste, je ne pouvais donc pas démentir ces faits. C’était mon comportement person­nel que je devais changer, notam­ment ma relation avec l’alcool.

Avez-vous toujours des pro­blèmes avec l’alcool?

Oui. Je suis certainement alcoolique.

Pourtant, lors de vos diffé­rentes interventions dans les médias, vous avez toujours nié être alcoolique, pourquoi?

A l’époque je n’avais pas regardé la définition de l’alcoolisme. Je me suis rendu compte qu’un alcoo­lique n’était pas seulement une personne qui buvait dès son réveil. Le plus difficile lorsque l’on est alcoolique est de l’accepter. Une fois que l’on a accepté que l’on a un problème avec l’alcool, on peut commencer à se soigner. Je me considère comme une noceuse, une alcoolique sociale. Je sais que lorsque je bois, j’ai tendance à devenir violente et à avoir un com­portement incontrôlable. Je n’arri­vais pas à l’accepter et à changer mes habitudes.

Sous l’effet de l’alcool, la conseillère communale a eu une altercation lors d’une fête populaire (L’EXPRESS, 3 juillet 2007)

Buvez-vous toujours?

J’ai arrêté de boire pendant une année et demi, mais récemment j’ai recommencé épisodiquement et je n’aurais pas dû (rires). La preuve, cela a conduit à l’article du GHI.

Pensez-vous revenir un jour en politique?

Non, mes vieux démons ne sont pas encore tous enterrés. Mais si je décide de revenir en politique à Neuchâtel ce sera seulement lorsque tous mes anciens collègues seront à la retraite (rires). Plus sérieusement, si je reviens ce serait plutôt à Genève.

*L’article en entier est disponible ici.

Les réactions:

L’interview a été publié à la Une de l’Express et a été repris par les différents médias romands. Les réactions ont été diverses sur le site de l’Express.

Certaines ont été positives:

D’autres plutôt négatives:

Vos réactions?

1) Comment réagissez-vous à l’interview de Valérie Garbani? Pensez-vous qu’elle a été victime des médias? Aurait-t-on dû la laisser tranquille?

2) Est-ce qu’être une personnalité publique signifie que l’on a pas le droit de boire? Est-ce possible d’être alcoolique et politicien?

Laissez un commentaire à la suite de l’article afin de débattre de cela.

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  1. #1 by fabienfeissli on November 20, 2012 - 10:24

    1) Je pense que si Valérie Garbani veut avoir “droit à l’oubli”. Il vaudrait mieux qu’elle refuse de répondre aux questions des journalistes (étudiants ou pas). C’est assez paradoxal de donner un interview pour dire qu’on ne veut plus apparaitre dans les médias…

    2) En tant que politicien, je pense qu’elle représente la Suisse. Elle peut faire ce qu’elle veut tant que cela n’influence pas son travail ou l’image qu’elle donne (donc de manière discrète, dans la sphère privée).

  2. #2 by emilie on November 20, 2012 - 18:57

    Je pense que l’accès à la vie privée d’une personne peut être protégé pour tout le monde, même si celle-ci agit sur la scène politique. Et encore plus le jugement apporté à sa manière de vivre, qui constitue la vie privée d’un citoyen – ce qu’est chaque politicien avant d’exercer son métier. Quant au fait que l’alcoolisme représente un tabou (amplifié lorsqu’il s’agit d’une femme), il est décuplé par le contexte politique dans lequel la boisson excessive ne fait pas partie de la norme générale à laquelle un politicien devrait s’adapter.

  3. #3 by Yoann on November 21, 2012 - 14:04

    1) Je pense que c’est important qu’elle ait répondu à cette interview, elle a besoin de clore cette affaire et d’autre part, ça lui fait un coup de pub, elle a dû juger que ça en valait la peine puisqu’elle a accepté de répondre aux questions.
    Je ne pense pas qu’elle ait été victime des médias car dès qu’on se lance sur la scène politique on s’expose. Dans n’importe quels domaines professionnels ça lui aurait porté préjudice alors si elle a choisi la politique, il faut prendre les avantages et les risques qui en découle, les médias ont fait leur boulot, ce n’est pas la première personnalité à qui ça arrive ni la dernière.

    2) Dans la politique Suisse, quand tu fais de la politique tu représentes la voix du peuple, c’est une profession avec des risques, si la personne ne gère pas son alcool ou son image, effectivement je pense qu’il faut prendre des mesures adéquate. Dommage que ça ait dépassé les limites et que ce soit les médias qui finalement s’en chargent. Maintenant dans n’importe quelle profession le résultat aurait été le même à une autre échelle.
    Tant que la personne gère son alcool ou son image ce n’est pas un problème, à elle de faire la bonne part des choses et ne pas dépasser les limites.

  4. #4 by violetaferrermarin on November 22, 2012 - 11:10

    Je suis d’accord que la politique c’est une profession à risque, mais il me semble que les gens ne savent pas faire la différence entre la vie privée et la vie publique. Le limite entre deux est toujours difficile à déterminer. Mais, dans la politique comme dans les autres profession, il faudrait apprendre à faire la distinction, surtout quand il s’agit de la sphère privée. A mon avis, cette dame a été condamnée dans la politique pour une question nettement personnelle. Finalement, cela ne concerne à personne. Il faut peut être assumer que l’alcoolisme touche à tout le monde, même les gens du pourvoir, ils ne sont pas des héros…

  5. #5 by Hans-Peter Zweifel on November 22, 2012 - 23:46

    Les média ont le pouvoir de décupler le pouvoir de l’information, est-ce un bien ou un mal? La question n’a que peu d’importance face à l’évidence.
    Doivent-ils se préoccuper de la vie privée des gens publics?
    Notre société à une réponse économique face à ce sujet éthique, elle est sans appel, oui le scandale fait vendre.
    Mme Garbani comme tout un chacun, aimerait mieux laisser une image plus valorisante d’elle, plus politiquement correcte, ce qui est bien compréhensible, nous n’aimons guère voir nos travers étalés sur la place publique.
    Alexandre Dumas fait dire à un de ses personnages : « Mieux vaut être vu par un souverain courroucé que de ne pas être vu ».
    Le peuple souverain a vu Mme Garbani. Il a pu exprimer son courroux ouvertement et rire sous cape.
    Il est dommageable qu’on ne retienne que les frasques plus que l’action politique, mais ainsi est fait l’humain. Quant au droit à l’oubli il s’opposera toujours au devoir de mémoire, mais qu’on se rassure la morale est changeante comme l’époque.
    Quant à savoir si l’alcoolisme et la politique sont compatible, je dirai que s’il n’est pas indispensable, il n’entrave en rien le succès de l’action d’une personne déterminée et avec des réalisations à la clef. À quand un livre sur André Chavanne « Ma vie, mon œuvre, mes cuites » ?
    Donc si Mme Garbani veut rebondir en politique à Genève, je lui envoie tout mes vœux et l’encourage à tenir une ligne de vie privée plus discrète pour ne pas cacher son œuvre politique.
    Une réussite fait oublier bien des déboires, autre facette de l’âme humaine, on oublie pas mais on remplace facilement un souvenir par un autre.

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