Facebook, un nouveau temple du prosélytisme?

D’innombrables groupes religieux en ligne sont actifs depuis les débuts d’Internet. Cet outil leur a permis de développer des réseaux dynamiques et souvent denses, permettant de reproduire un effet de communauté sur la Toile.  Lorsque les réseaux sociaux sont apparus, ces groupes qui savaient si bien se servir d’Internet ont tout de suite compris quelle opportunité leur était offerte: avoir la possibilité de toucher des millions d’utilisateurs par le bouche à oreille et démultiplier l’impact de leurs idées proportionnellement au nombre de personnes adhérant à leurs groupes.

Dans ce système, j’ai décidé d’étudier un type particulier de groupe religieux: les groupes chrétiens montrant un intérêt spécifique pour la musique. En effet, la musique a depuis des siècles tenu une place prépondérante dans la religion chrétienne. Considérés comme des louanges à Dieu, les chants sont un moyen pour les chrétiens de montrer leur foi.

Aujourd’hui, l’Eglise ne rime plus uniquement avec cantiques et cierges. Certains chrétiens -très souvent de tendance évangélique, issus des mouvances anglo-saxonnes- font une publicité énorme autour de groupes musicaux donnant une image jeune, moderne, souvent orientée vers le rock, mais toujours respectueuse des préceptes religieux. C’est là un moyen d’attirer des adolescents, particulièrement sensibles à la musique et prompts à suivre avidement le mode de vie de leurs “idoles”. Parfois même, les groupes sont constitués d’enfants et destinés aux plus jeunes, bien que cela reste plutôt rare et surtout anecdotique.

Depuis ses débuts, Facebook a été littéralement envahi par les pages concernant des groupes de musique chrétienne. Car ce réseau social énormément fréquenté par les moins de 30 ans, cible privilégiée, leur offre une plateforme à la fois gratuite, interactive et dynamique. Il suffit de taper les mots-clés “christian music”:

pour se rendre compte de l’étendue du phénomène: des dizaines et des dizaines de pages apparaissent.Ici, on peut voir un petit échantillon de la longue liste qui s’affiche:

Ce résultat, plutôt impressionnant au premier abord, est vite modéré par une plus fine observation; si les deux premiers groupes affichent un total de 13’128 et 25’008 personnes qui les suivent, la plupart des autres groupes comptent moins de 300 adeptes, Et seuls quelques uns dépassent les 1’000  adhérents.

Pour ce blog, j’ai décidé d’aller un petit peu plus loin et d’essayer de définir si de tels groupes ont réellement une influence sur des milliers de personnes, où si leur impact reste limité. J’ai donc simplement sélectionné le premier groupe, nommé “Christian Music” dont voici la page d’accueil. Comme il compte plus de 10’000 adhérents, il était légitimement imaginable que cette page aurait des retombées assez larges.

 Quelques chiffres au sujet de ce groupe:

  • il est régulièrement alimenté, et l’on y trouve des nouveaux messages tous les deux jours environ
  • il comptait 13’126 adeptes au moment où la capture d’écran suivante a été prise, mais moins d’une heure plus tard il en comptait déjà 13’129, preuve de l’activité constante de ce groupe
  • 7 sujets de discussion ont été créés, tous en même temps, par la même personne et n’ont pas été commentés
  • 6 articles ont été publiés par le groupe, tous ont moins de 5 commentaires et pas plus de 30 personnes qui ont cliqué “j’aime”
  • Le groupe est géré par 3 personnes

Quelques uns de ces chiffres, déjà, sont parlants. Il est fréquent sur Facebook de voir des groupes atteignant des sommes incroyables d’adhérents. Ici, à l’échelle du réseau social, il n’y a rien d’extrêmement impressionnant, mais on voit tout de même que le groupe connaît un certain succès. Cependant, comme souvent sur le réseau, on ne note qu’une activité modérée de la part des internautes. Personne par exemple n’a pris la peine de se rendre sur la page des discussions pour répondre aux débats proposés.

De même, concernant les mots postés par le groupe sur son mur, on trouve qu’en général entre 20 et 80 personnes “aiment” le commentaire, que ce chiffre tourne généralement plutôt autour des 40, et que rarement plus de 5 Internautes y répondent. Pour le nombre de personnes qui aiment le groupe, cela représente donc un taux de réponse de 0.3% et le chiffre tombe à 0.04% (arrondi vers le haut) pour les commentateurs. Le même scénario s’applique aux autres groupes intitulés “christian music”, qu’ils comptent 25’000, 300 ou 100  adhérents.

Si l’on s’intéresse aux créateurs de ces pages, on en arrive sensiblement aux mêmes remarques. Deux des fondateurs du premier groupe étudié ont un profil Facebook ouvert, ce qui nous permet d’étudier leur cas. Le nombre des amis du premier est plutôt impressionnant.

Mais malgré son activité constante sur le site et la longue liste de ses contacts, peu de gens “aiment” ses liens. Par contre, il a pour particularité de donner des liens vers Youtube, avec des vidéos aux nombres de vues impressionnantes.

La question, à laquelle il est toutefois difficile de répondre, serait donc de savoir si la page Youtube a autant de visites grâce à la publicité qui en est faite sur Facebook. Ce qui est certain, c’est que ce ne sont pas les 41 adeptes de la page Facebook de cette chanson qui ont fait monter les taux d’audience.

Le constat est le même pour Kevin, autre fondateur du groupe “Christian music”, qui compte pas moins de 1092 amis:

mais ne reçoit aucun commentaire lorsqu’il publie un lien:

Au final, on peut en conclure que les groupes de musique religieuse, malgré leur forte activité sur les réseaux sociaux, ont de la peine à maintenir actifs un grand nombre – ou au moins un nombre conséquent – d’adhérents. Les personnes affiliées à ces groupes le font donc probablement surtout pour marquer leur appartenance et parce qu’ils considèrent que cela fait partie de leur culture, que pour réellement participer à un mouvement. Facebook ne sera donc pas un nouveau support au prosélytisme, mais plutôt un lieu de rencontre entre des personnes ayant déjà les mêmes goûts et les mêmes intérêts.

, ,

  1. MARCHANDS DE FOI : vers un marché mondial du religieux ? | L'ApériodiqueL'Apériodique

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: